Les Hommes à Chausey


Les Hommes ont fréquenté Chausey depuis fort longtemps.

Les travaux des Anthropologues au cours des deux ou trois dernières décennies ont montré que les hommes qui occupèrent le front de mer entre la basse Seine et le Cotentin, et dont on a retrouvé d'assez nombreux squelettes, sont du type méditerranéen gracile d'origine danubienne.
Ce type humain est présent sans interruption depuis le néolithique jusqu'au IX siècle. Les squelettes les plus anciens ont été datés de - 5 500 ans par rapport à aujourd'hui. Les invasions romaines, puis germaniques, n'ont pas modifié sensiblement le type humain initial.

Il est certain que des hommes des civilisations mégalithiques vécurent à Chausey, puisqu'ils ont laissé des monuments sur la Grande Ile, la Genetaie, et probablement sur d'autres îles. On les appelle parfois les "préceltes".
Il est probable qu'ils aient pu venir à pied sec ; mais quand le site fut séparé du continent, quelle que soit la date de l'insularisation complète, la fréquentation continua par mer.

On admet généralement que les Celtes arrivèrent plusieurs siècles avant notre ère. Nous connaissons mieux l'histoire des deux derniers millénaires et les différents peuples ou groupes humains venus s'installer alors dans la région. A défaut d'avoir eu un rôle sur l'évolution anthropologique des individus, ils ont laissé leur marque linguistique.

Les Romains arrivent vers le milieu du premier siècle avant Jésus-Christ, suivis à la fin du IIIe siècle par les Saxons, premier peuple germanique à s'implanter sur nos côtes. D'autres invasions germaniques se produisent au cours des IV et Ve siècles. C'est également vers les Ve et VIe siècles que les Bretons, venant des Iles Britanniques, émigrent en Bretagne et poussent des pointes dans le Sud du Cotentin. Après le IXe siècle, les Bretons se retirent dans la partie que l'on appelle aujourd'hui "Bretagne bretonnante".

A partir du VIIIe siècle, les invasions scandinaves donnent lieu à des implantations humaines nouvelles le long des côtes du Cotentin, jusqu'à Saint-Pair, avec des incursions jusqu'à Pontorson. Pendant tout le Moyen-âge, les déplacements des hommes entre les différentes îles normandes furent constants et relativement importants. L'Abbaye du Mont Saint-Michel exerçait dans tout ce secteur un contrôle économique et juridique qui laissa beaucoup de traces écrites (prélèvements de droits sur la chasse, la pêche, la production de sel...).

Enfin au XVe siècle, pendant la Guerre de Cent Ans, Granville et sa région subirent l'occupation anglaise et au cours des siècles suivants, en particulier aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Jersiais et les Guernesiais fréquentèrent beaucoup les îles de Chausey, soit pour y pêcher, soit aussi et surtout pour exploiter le varech et... faire de la contrebande. Les escarmouches avec les Autorités françaises furent alors nombreuses.

Depuis une dizaine de siècles, les îles Chausey furent essentiellement fréquentées par des pêcheurs, ou des gens venus de la côte voisine pour exploiter les autres ressources de l'archipel : granit et varech. Cela représentait parfois, mais sans doute momentanément, des populations importantes.

En 1783, un rapport de Régnier fait état de 72 personnes habitant sur la Grande île, plus peut-être une quarantaine sur les autres îlots.
En 1802, une note du Sous-Préfet d'Avranches précise que la population des îles Chausey est nulle.
En 1825, 400 carriers bretons sont présents, et 37 îles sur 53 sont habitées.
En 1842, un médecin naturaliste rapporte que 120 granitiers sont installés au Village des Malouins, près de Port-Marie.
Dans la première moitié du XIXe siècle, les carriers sont le plus souvent bretons et arrivent par Saint-Malo. Les barilleurs ou fabricants de soude viennent plutôt de Brest ou de Cherbourg.
Ce dernier point explique sans doute qu'un certain nombre de patronymes du Nord Cotentin se retrouvent dans les toponymes de Chausey (Saillard, Boivin, Baude, Bunel, Endelin...).
En 1851, Jean-Jacques Baude fait état de 500 ouvriers extrayant le granit pour construire les ports de Granville, Saint-Malo, Saint-Hélier et... les trottoirs de Paris.
En 1860, il est fait mention de 250 à 300 habitants.
En 1914, il est recensé officiellement 72 habitants et en 1932, 81.

Au début des années 1980, la population vraiment permanente est insignifiante : en hiver il reste parfois moins de 10 personnes sur l'île. Comme il n'y a plus d'école, les familles ayant de jeunes enfants vont hiverner sur le continent. Par contre l'été les résidents sont nombreux, une centaine peut être, et vers le 15 août, à la pointe de la saison estivale et touristique, on a estimé à près de 2 500 le nombre de personnes dispersées dans l'Archipel pour y passer la journée.

D'après Claude et Gilbert Hurel, Les Iles Chausey, 1997.
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