Louis Julienne

Architecte Naval à Granville



Nous sommes au XIXème siècle. A cette époque la conception d'une unité s'appuie essentiellement sur des procédés empiriques forgés par le biais d'une culture technique traditionnelle, marquée la plupart du temps par l'absence de l'écrit et du dessin. Ceci est particulièrement vrai pour les petits chantiers construisant des navires armés à la pêche.
En l' absence de l' écrit ou du dessin, seuls comptent alors les témoignages matériels, (gabarits, demi-coques...) et les seuls témoignages oraux. Ce silence des archives au sujet des bisquines fut rompu par l'heureuse découverte du dossier du constructeur Louis Julienne.
   
Louis Julienne est né à Granville le 26 Septembre 1842. A la mort de son père, alors charpentier de marine, Louis Julienne est obligé de quitter l'école primaire et s'engage comme apprenti dans un chantier naval de Granville. Nous sommes en 1852-1853. A cette époque, Granville est l'un des grands ports morutiers français armant pour Terre-Neuve, avec Saint-Malo et Fécamp. En 1852, moment des débuts du jeune Julienne, 84 voiliers terre-neuvas furent armés à Granville. Ce rôle majeur de la grande pêche à Terre-Neuve se retrouvera plus tard chez Julienne dans ses nombreux plans réalisés pour l'armement Beust et Fils, un des plus grands armateurs de Granville. Si à cette époque Granville est un port morutier, il est aussi un lieu où se développe une nouvelle forme de navigation : la plaisance. Si les régates de Granville voyaient traditionnellement s'affronter les célèbres bisquines, bateaux de travail, certaines séries étaient réservées à de purs voiliers de plaisance. Ces différents éléments auront des répercussions sur la carrière de Julienne. On constate ainsi que son premier client sera un certain Thomson d'Avranches, qui lui passe commande d'un voilier de plaisance.
   
Julienne a 21 ans à peine. Pour établir son plan il s'inspire des formes des goélettes nord-américaines, option très marginale par rapport aux autres constructeurs granvillais. Dépourvu d' une culture technique enracinée dans la tradition , le talentueux dessinateur qu'était Julienne a laissé libre cours à son imagination pour donner naissance à des conceptions architecturales nouvelles. Sa première réalisation en est d'une certaine manière la preuve. Grâce à cet homme, Granville a joué un rôle non négligeable dans l'évolution des bisquines, depuis les formes de coques jusqu' au plans de voilure. Les qualités de Louis Julienne furent très vite reconnues par les milieux professionnels. Ses clients habituels sont alors bien évidemment les armateurs de Granville, mais on le sollicite également à La Rochelle, le Havre, Paimpol ou encore à Nantes.

Son activité ne déclinera qu'avec la crise des armements morutiers qui verra progressivement l'arrêt des constructions de voiliers à Granville. Sans abandonner son métier d'origine, il se reconvertira dans la charpente terrestre et la menuiserie. Il meurt le 15 Janvier 1916 à l'âge de 74 ans.

(source : Neptunia n°50)

Le chantier était situé sur l'emplacement nommé "La Fontaine Bedeau", occupé depuis les années 1960 par le Centre de Nautisme et le port de Herel.

Sur cette photo on constate que le trou de passage du bout dehors est sur tribord: cette magnifique coque est donc sans doute destinée à être gréée en côtre aurique. Il est intéressant de voir le nombre de 10 compagnons à l'ouvrage dont le plus jeune semble agé de 13 ou 14 ans. Le chantier est en voir d'achèvement, et la coque est en place pour être lancée, peut être à la prochaine grande marée.

Le nom du bateau "Espérance" est inscrit sur une planche provisoirement posée sur le pont à l'avant (visible sur la photo originale).


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