Les Régates de Granville 1897

phto regate


L' âge d' or des régates

Il est certain qu'on peut ainsi baptiser la période allant de 1895 environ jusqu'à la guerre de 1914. Ce sont les années où furent construites les meilleures bisquines de Cancale et de Granville et les bateaux, quasi dans leur neuvage étaient armés pour les courses d'équipages jeunes et ardents qui se mesuraient dans des luttes épiques. Certes on courut encore une bonne vingtaine d'années après la Première Guerre mondiale, il y eut à nouveau de belles régates et beaucoup de passion mais le déclin était amorcé car on ne construisait presque plus de grands bateaux.

" La période des régates ça durait un mois, un mois et demi, dans l'année parce que ça commençait à Saint-Malo... après c'était Cancale... ensuite Granville... Ah ! Granville! Il fallait voir les bateaux partir d'ici avec 30, 40 personnes à bord qui prenaient passage... et après cela le prix d'honneur à Dinard, c'était alors à jouer avec le fameux Reder Mor, j'en ai eu longtemps la photographie ".

Pour en revenir à cette période on peut encore citer Charles de la Morandière (historien granvillais) qui se fait l'écho de la suprématie des Cancalais:

<< Les grandes bisquines cancalaises plus fines de formes et préparées très soigneusement remportaient d'habitude les premiers prix. Ce n'est pas que les marins de notre port fussent inférieurs à leurs adversaires mais leurs barques, construites uniquement en vue de la pêche le long d'une côte exposée à tous les mauvais vents d'ouest étaient trop lourdes pour lutter avec succès contre leurs concurrents. Mais petit à petit les marins de Granville cherchèrent à démolir une suprématie qui leur déplaisait fort. Le regretté constructeur Julienne mit en chantier et lança une bisquine restée célèbre dans les annales de la ville : Le Vengeur >>.

D'après Jean Le Bot, La Bisquine de Cancale et Granville, 1979.


Cette photographie a sans doute été prise entre 1900 et 1903. Le Carnot G979 est reconnu aux signes de pilote.

(collection Julienne)

 Granville le 8 Août 1897

Par brise de nord-ouest, toutes voiles au vent,
Quand tonne le canon, chaque barque décale,
Et, couchée à bâbord, va plongeant de l'avant,
.... Le vent, bon pour Granville, est mauvais pour Cancale,
Garçons ! la lutte est vive et se mène âprement.
Qui donc triomphera, des deux villes rivales ?
Le Perle et le Vengeur combattent rudement;
Certes, par un temps doux, les deux bateaux se valent.
Mais le vent souffle dur; le vengeur, sans hunier,
Alerte et triomphant, rentre au port le premier,
Laissant loin, mais bien loin, ses rivaux en arrière
Et soudain retentit la fanfare guerrière
Acclamant le vainqueur ... Bravo les Granvillais !
A nous les prix sérieux ! aux autres .... les balais.
Signé: Sibrantot, Granville, 8 Août 1897.

Ce texte amusant paru dans le journal Républicain Granvillais en guise de compte-rendu des régates, donne une idée de la rivalité entre les deux ports de Cancale et de Granville et de l'ambiance d'alors. Les deux bateaux dont il s'agit sont le Vengeur G15 et la "vieille" Perle CAN175.